Lectures, analyses et réflexions de Raphaël

Vous trouverez ici des comptes rendus de lectures livresques concernant essentiellement l'histoire des Noirs d'Afrique et celle des Afrodescendants des Amériques et d'Europe. Les actualités de la diaspora africaine ne sont pas oubliées.

23 juin 2016

La fabuleuse aventure de "La chasse au nègre" de Félix Martin

          La fabuleuse aventure de « La chasse au nègre »

                                  du sculpteur Félix Martin

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Après l'abolition de l'esclavage en 1848, détruire, effacer ou cacher les images et les textes témoignant des agissements inhumains des Blancs à l'égard des Noirs n'a pas été seulement l'œuvre de quelques familles de colons et de négriers soucieux de se faire une nouvelle virginité. Ce fut aussi pour les autorités de la France une entreprise de grande importance qu'elles se sont appliquées à perpétuer sans vergogne. Cette attitude, parfaite traduction du manque de courage de l'Etat à assumer notre passé - quelque douloureux soit-il - a conduit évidemment à l'enseignement partial de notre histoire dans nos établissements scolaires.

Il est tout à fait aisé de prouver aujourd'hui que tout ce qui rappelle les luttes des esclaves et les figures illustres de ces luttes a été délibérément confiné dans les coins les plus obscurs des archives et les rebuts des musées pour être caché au public.Cette arrogance de l'Etat français à cacher ou à manipuler notre passé à sa guise apparaît de manière éloquente dans l'histoire de la belle sculpture de Félix Martin appelée "La chasse au nègre".

 C'est en 1873 que cette œuvre très expressive témoignant de la brutalité de l'esclavage dans les Amériques et les îles des Caraïbes a été réalisée. Elle rappelle les gros chiens de chasse importés d'Europe et des Etats-Unis puis dressés par les colons pour dénicher dans les bois et les ravins les esclaves fugitifs. Voici le témoignage d'un officier anglais sur l'éducation de ces molosses : « Quand ils commençaient à grandir, on leur montrait de temps en temps au-dessus de la cage la figure d'un nègre tressée en bambou.Le mannequin était bourré à l'intérieur de sang et d'entrailles. Les chiens s'irritaient contre les barrières qui les maintenaient en captivité.... Enfin, on leur jetait le mannequin. Et tandis qu'ils le dévoraient avec une voracité extrême cherchant à tirer les intestins, leurs maîtres les encourageaient avec des caresses... Quand on jugeait cette éducation complète, on les envoyait à la chasse... Ces limiers retournaient ensuite au chenil les mâchoires hideusement barbouillées de sang ». Un corps de métier est d'ailleurs né de cette pratique : les chasseurs d'esclaves ou rancheadores en espagnol.

Au moment de sa présentation au Salon annuel organisé par le Ministère de l'Instruction publique, des cultes et des Beaux-arts - au Palais des Champs-Elysées à Paris en 1873 - la sculpture de Félix Martin - un artiste sourd de naissance - rencontre un succès indéniable ; même si les critiques évitent de relayer le message historique de l'œuvre. Sans doute pour cette raison, elle est aussitôt achetée par l'Etat à la fin du salon et, un an après, entre au musée d'Evreux qui venait d'ouvrir ses portes et manifestait son désir de varier quelque peu sa collection.

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Malheureusement, au début du XXe siècle, précisément en 1931, la France célèbre avec faste le rayonnement de son empire mondial en organisant une grande exposition coloniale à Paris. Et au nom de ce qu'elle appelait sa mission civilisatrice à travers le monde, il fallait effacer les traces de tout ce qui pourrait faire polémique. Le préfet de l'Eure est alors sommé de choisir entre retirer l'œuvre du musée ou changer son titre. Une lettre écrite le 8 février 1932 par l'Institut colonial au Ministère de l'instruction publique et des Beaux-arts en témoigne : « Quelque puisse être le mérite artistique de l'œuvre en question, et peut-être même pour cette raison, il nous paraît que le sujet qui l'a inspirée présente quelque chose de douloureux pour notre conscience nationale et de profondément blessant pour notre doctrine coloniale ». Vous remarquerez que les crimes commis dans les colonies au nom de l'Etat français ne sont nullement douloureux ni blessants pour nos autorités alors que leur représentation leur est insupportable. Et aujourd'hui encore, c'est au nom de cette doctrine coloniale que l'on minimise ou falsifie les pages sombres de notre Histoire quand on n'en clame pas les bienfaits.« La chasse au nègre » devient alors « Un Noir attaqué par un molosse ». C'est dire que l'œuvre est alors réduite à une scène anecdotique et n'a plus d'intérêt que par sa pureté plastique. C'est ainsi que s'accomplit la volonté de l'Etat d'effacer de notre mémoire commune cette réalité de l'histoire de l'esclavage.

Mais pour que le résultat de cette volonté soit parfait, les autorités vont aller plus loin dans la déchéance de cette sculpture. Celle-ci est bientôt retirée du musée et installée à l'hôtel de ville d'Evreux à l'entrée de la cantine des employés de la mairie où elle est superbement ignorée de tous. Elle atteint alors le stade suprême de la banalité comme le voulaient l'Institut colonial et le Ministère de l'Instruction et des Beaux-arts.

C'est seulement soixante-neuf ans plus tard, en 2001, lors de l'inauguration du nouveau musée réalisé dans l'ancienne piscine de la ville de Roubaix que la sculpture de Félix Martin va pour ainsi dire renaître de ses cendres et retrouver son intérêt historique. C'est là que « La chasse au nègre », en quittant Evreux, va retrouver son titre d'origine et sa dimension militante en devenant un véritable manifeste contre la violence raciale et faire l'objet d'un documentaire de la télévision nationale en mars 2016*.

Raphaël ADJOBI

* Documentaire "Enquête d'art" de France 5 ; mars 2016.

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13 mai 2016

Commémoration de l'abolition de l'esclavage à Joigny - 2016 - Le discours du président de La France noire

 Commémoration 2016 de l'abolition de l'esclavage à Joigny

                Allocution du président de la France noire

Discours 10 mai 2016

Monsieur le maire,

Merci de tout cœur pour l'enthousiasme avec lequel vous avez accueilli la proposition de notre association "La France noire" d'organiser sous votre patronage la commémoration de l'abolition de l'esclavage à Joigny. Merci aussi pour votre soutien et vos conseils pratiques ainsi que pour les actions des différents membres de votre équipe qui ont facilité l'organisation de cette cérémonie.

Mesdames et messieurs les chefs d'établissements scolaires ou leurs représentants,

Mesdames et messieurs les présidents des organisations associatives ou leurs représentants, "La France noire" vous est reconnaissante pour avoir répondu à son appel de commémorer dans la fraternité le souvenir de la fin d'un crime qui, durant presque trois siècles, a décimé l'Afrique et permis à la terre des Amériques d'enrichir l'Europe grâce à la sueur des Noirs, c'est-à-dire la fin d'une histoire qui a profondément modifié le visage de la population de la France et les rapports entre les individus.                                                                       *

Chorale Ebène 2016

Le 4 février 1794 – deux ans après la Révolution française – au cours des débats ayant abouti ce jour-là à la première abolition de l'esclavage, la Convention nationale avait qualifié la traite atlantique et l'esclavage des Noirs dans le Nouveau monde de « crime de lèse-humanité ». En d'autres termes, de crime contre l'humanité. En effet, jamais dans l’histoire humaine on n’a vu autant d’Etats s'associer pour asservir dans un rythme accéléré les peuples d’un même continent. Oui, c'était bien d’un esclavage industriel pratiqué par des Etats coalisés dont il s'agissait. Malheureusement, il a fallu attendre 1848 pour que l’abolition de l’esclavage outre atlantique et de la traite négrière qui l’alimentait soit définitive en France. Une fois la liberté et l’égalité de tous les Français déclarées, l’œuvre de la Fraternité pouvait enfin commencer ; car la fraternité, elle, ne se déclare pas par la loi. Elle nécessite d’autres considérations pour être effective. 

Quand en 2001, reprenant les termes entendus lors de la première abolition, la députée Christiane Taubira avait entrepris de faire reconnaître officiellement à notre pays que cet esclavage était effectivement un crime contre l'humanité, et qu’il convenait de déterminer une date pour commémorer la fin de cette pratique dans laquelle avait été impliquée la France, des voix s'étaient élevées de toutes parts pour s'opposer à ce projet.

Que n'avait-t-on pas dit alors ? « On cherche à culpabiliser les Blancs ! C'est du racisme anti-Blanc ! Il n'est pas question de se repentir ! Des réparations sont impossibles parce que cela fait presque deux siècles que l'esclavage est aboli. Il faut tourner la page et tout oublier. De toutes façons, l'esclavage existait aussi en Afrique ! » On avait alors tout entendu et souvent n'importe quoi. Ce débat avait fait apparaître la grande méconnaissance d’une mémoire commune  et les efforts qu’elle demandait aux uns et aux autres. Il nous a fait découvrir que nous cohabitions dans un silence hypocrite qui menaçait la construction de notre idéal de fraternité nationale sans que nous nous en rendions compte.

A vrai dire, tous les prétendus spécialistes qui s'adressaient à nous étaient des gens qui ne connaissait rien d'autre de l'esclavage que ce que l'on appelait faussement un "commerce triangulaire". Je dis bien "faussement" car il n'y a jamais eu de commerce avec l’Afrique mais de la corruption, de la violence et des massacres. Quand, des fusils à la main, on prend en otage des femmes, des enfants, des vieillards, et que l'on exige pour leur libération la livraison par les hommes d'une certaine quantité de captifs, cela s'appelle-t-il du commerce ? Quand pour avoir la paix, surtout pour éviter d'être violemment embarqués par les négriers européens, les villages côtiers jouent les dociles intermédiaires de cette chasse à l'homme, peut-on se permettre de parler de commerce ? Et dans quelle monnaie ce commerce se fait-il ? Aucun historien n’est capable de vous le dire parce que la seule monnaie qui avait cours était la mort au bout du fusil ou la captivité à fond de cale d'un navire ! Il n'y en avait pas d'autre.

Ce sont les armateurs et les négriers qui parlaient de commerce pour se donner quelque peu bonne conscience. En effet, le problème de tout un pan de l'histoire humaine, c'est que les victimes ne laissent pas de trace écrite pour témoigner de leur souffrance et de l'injustice qui leur est faite. Savez-vous ce que disent les vieux Africains quand ils entendent ce récit partial véhiculé en Europe ? Ils disent tout simplement : « tant que les lions n'auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse glorifieront toujours le chasseur ». En clair, l'histoire n'a jamais été une science exacte ! C'est un récit qui n'exprime qu'un point de vue. Et dans ce cas précis, c'est celui du vainqueur qui est enseigné parmi nous.

Cependant, il n’y a pas qu’autour du récit de la traite négrière que des idées erronées circulent et fragilisent notre idéal de fraternité. Quand ce crime contre l’humanité a été aboli, que s'est-il passé ?  Partout en Europe, les colons qui ont perdu leurs biens humains – ce qu’ils appelaient leur commerce – ont tous été indemnisés par leur Etat. En France, cela a été possible grâce à l'amende infligée à Haïti qui avait déclaré son indépendance ; une amende que ce petit pays a dû payer durant un siècle et demi. Quant à ceux qui étaient en esclavage, on leur a dit : « vous êtes libres ». Dans toutes les colonies, ceux-ci ont alors quitté les plantations des maîtres. Mais quand ils ont voulu créer les leurs, les anciens maîtres leur ont dit « non ! Ces terres sont déjà prises ; elles sont à nous ». Devant l’impossibilité d’avoir des terres leur permettant de travailler pour leur propre compte, qu’ont fait les nouveaux affranchis ? Ils sont revenus travailler sous le joug des anciens maîtres moyennant un salaire qui leur permettait de ne pas mourir de faim mais les empêchait de devenir autonomes. Voilà comment s'est terminé l'esclavage dans les anciennes colonies ! Tous libres, oui ! Tous égaux en droit, oui ; mais pas tous égaux en économie !

Comment des gens qui n'ont rien peuvent-ils concurrencer ceux qui ont tout ? Cet état de fait explique pourquoi les quatre départements les plus pauvres d'Europe - selon l'agence Eurostat, chargée des statistiques officielles de la Communauté européenne - sont les quatre départements français d'outre-mer essentiellement peuplés par des descendants d'esclaves.

Comment voulez-vous que nous puissions construire la fraternité nationale sur des bases aussi tronquées ? Comment voulez-vous qu’il soit possible de construire une nation fraternelle quand on traite avec mépris toutes les doléances liées à ce passé commun qui conditionne notre mode de vie et nos pensées actuelles ?                                                                      *                                                                

Avouons-le : après l'abolition de l'esclavage, le chantier de la construction de la fraternité nationale n'a jamais eu les ouvriers que l'immensité de la tâche demandait. D’un côté, les Noirs sont trop nombreux à croire naïvement que c’est en rasant les murs, en se faisant petits, en ne demandant rien, qu’ils vont être bien  intégrés dans la société française. Aussi, ils sont ouvertement opposés à toutes les associations qui militent pour la mise en valeur de leur passé. Leur seul désir, c’est d’oublier ce passé ; tourner cette page. Ces Noirs ignorent que si leurs ancêtres ne figurent pas dans les manuels d’histoire de notre pays, cela veut dire qu’eux-mêmes viennent de nulle part, qu'ils ne sont pas intégrés à l'Histoire de la France. Sans passé, on n’est qu’un étranger, un inconnu ! Il est à constater que très souvent, ce sont des Français blancs qui se battent à leur place. La présence plus nombreuse de Français blancs au sein de notre association « La France noire » en est la preuve.

Si les Noirs sont passifs, du côté de nos autorités, très rares sont les personnes clairvoyantes mues par une réelle volonté politique. Le cas de Nantes et de son ancien maire Jean-Marc Ayrault mérite d'être cité au nombre des volontés qui ne cèdent pas devant ceux qui refusent de regarder l'Histoire en face. Alors que son prédécesseur avait rejeté le projet d’une exposition sur l'esclavage au château des ducs de Bretagne, M. Jean-Marc Ayrault a autorisé dans ce même lieu l'exposition "les anneaux de la mémoire" en 1992. Devant le succès extraordinaire de cette exposition, à l'occasion du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en 1998, il organise une cérémonie au cours de laquelle il dévoile une statue dédiée à la mémoire des victimes de l'esclavage. La statue est vandalisée le 1er mai 1998. Deux mois plus tard, le maire et son équipe décident la construction d'une œuvre de grande envergure pour témoigner de la participation de Nantes à la traite négrière. C'est le mémorial de l’abolition de l’esclavage. Par ce monument - aujourd'hui le plus beau de France dédié aux victimes de la traite atlantique - Nantes a inscrit le passé des Noirs dans son histoire. La ville reconnaît que les Noirs ont contribué, malgré eux, à sa prospérité d'hier.

Cet exemple précis montre clairement que pour que le passé des Noirs retrouve sa place dans l'Histoire de la France, il faut d’un côté des associations, c’est-à-dire une société civile pleine de désirs et de projets, et de l’autre une volonté politique compréhensive et réaliste. 

Cet exemple nous montre aussi que parmi les trois idéaux de la République française – la Liberté, l’Egalité et la Fraternité – le dernier semble indiscutablement le plus difficile à atteindre et aussi celui qui est le plus souvent malmené. La fraternité suppose la connaissance de l’autre, la connaissance et le respect de son histoire inscrite dans le patrimoine national.

Avec l'Allemagne, son ennemi d'hier, notre pays a fait l'expérience du long cheminement vers la paix qui passe par la conciliation, la cohabitation, la coopération pour aboutir à sa forme achevée qui est l'appréciation mutuelle. Il a fallu pour cela consentir à des efforts, faire preuve d’une réelle volonté politique tout en évitant de travestir le passé commun.

Pourquoi le cheminement vers la fraternité à l'intérieur de la France – c’est-à-dire entre concitoyens français – s’avère-t-il plus difficile à réaliser que la paix entre deux anciens ennemis ?

Soyez certains que l'absence de courage politique devant les besoins des Noirs de France de voir leur passé inscrit dans l'histoire de notre pays ne fait qu'encourager les bonimenteurs et les falsificateurs de l'histoire qui sabotent allègrement notre marche vers la fraternité. L'absence de volonté politique est le terreau sur lequel prospèrent les ennemis de la fraternité nationale : ceux parmi nous qui clament haut et fort que la France est blanche et chrétienne.       

Est-il bien raisonnable après plus de trois siècles de présence sur cette terre de France que les Noirs entendent encore des hommes politiques parler d’intégration alors qu'eux-mêmes ne font rien pour intégrer les Noirs à l’Histoire de France ? Il s'avère absolument nécessaire que la France reconnaisse que son Histoire ne s’est jamais écrite autrement qu’avec la contribution de l’Afrique et donc des Noirs. Il serait temps que les manuels scolaires en portent le témoignage et que nos enfants et petits-enfants apprennent enfin que nos destins sont liés depuis très longtemps.                                                                                                                               *                     

Raph et M

Voilà, Mesdames et Messieurs, la revendication constructive qui justifie la création de l'association "La France noire". Nous n'aimerions pas que certains enfants grandissent dans le mépris des autres avec des manuels scolaires qui laissent croire que les ancêtres de tous ceux qui ont la peau quelque peu foncée n'ont jamais rien fait pour la grandeur de la France. La France noire veut résolument œuvrer pour faire grandir la fraternité nationale dans le cœur de nos enfants et petits-enfants en leur enseignant, en leur montrant que nos ancêtres ont été des frères d'armes pour défendre l'honneur de la France depuis le XVIIIe siècle et plus particulièrement durant les deux guerres mondiales.   

En effet, le projet de notre association est de mettre en place une imagerie à vocation pédagogique destinée à un large public - particulièrement le public scolaire - pour mettre à l'honneur les héros noirs français. De réels efforts sont faits par des individus amoureux de la fraternité nationale qui écrivent des livres, réalisent des films, exhument des documents qui dorment dans les archives, afin de nous instruire sur la contribution des Noirs à l'Histoire de France. Malheureusement, ces livres et ces documents d'archives ne sont pas encore entrés dans le circuit de l'enseignement scolaire, et les films ne bénéficient pas encore des heures de grande écoute. La France noire a pour ambition de porter cette connaissance dans les collèges et les lycées afin de changer le regard des enfants sur les autres et sur eux-mêmes. Mais ce projet ne peut être l'œuvre des seuls Français noirs ; il serait voué à l'échec et avec lui l'entreprise de la construction de la fraternité nationale. C'est avec vous tous, c'est ensemble, en constituant une association dynamique, une société civile constructive, prête à aller à la rencontre des autorités politiques attentives et compréhensives, que nous allons réussir ce que d'autres croient impossible.

La France noire voudrait dire, aux autorités politiques et aux citoyens qui se montrent toujours attentifs et disponibles à l'appel à la construction de la fraternité nationale, toute sa reconnaissance. Oui, nous sommes reconnaissants à tous les Français qui prennent le temps d'écouter, de chercher à savoir avant de prononcer des paroles définitives. Notre association est particulièrement reconnaissante à vous tous qui l'avez rejointe sans hésitation, et à vous aussi qui êtes prêts à le faire parce que vous jugez légitime la nécessaire visibilité des Noirs qui ont contribué à la grandeur de notre pays. Merci à Monsieur le maire, à ses collaboratrices et à ses collaborateurs, qui, en nous accompagnant dans l'organisation de la commémoration de l'abolition de l'esclavage à Joigny soutiennent par la même occasion le projet pédagogique de La France noire.   

Raphaël ADJOBI

10 mai 2016

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11 mai 2016

La France noire sur France Bleu Auxerre

      La France noire sur France Bleu Auxerre le 9 mai 2016

Dans l'après-midi du 9 mai 2016, quelques membres de l'association La France noire ont travaillé à la mise en place de l'exposition devant accompagner la cérémonie de commémoration du 10 mai. C'est donc dans les salons de l'hôtel de ville de Joigny que les a rejoints Renaud Candelier, journaliste à France Bleue Auxerre, pour s'entretenir avec la Secrétaire de l'association Nakeva Régent-Adams et Raphaël ADJOBI le président.

Au moment d'écouter l'un et l'autre des intervenants, prenez le temps de lire les belles analyses de l'entretien faites par le jeune journaliste. Il a pris le temps de nous écouter longuement afin de se faire une idée exacte de nos objectifs et aussi de nos attentes. Cette écoute lui a permis de faire ces analyses précises et claires des paroles prononcées ce 9 mai 2016. Bravo, Renaud Candelier ! Et merci !

Ecoutez Nakeva Régent-Adams et Raphaël ADJOBI sur France Bleu Auxerre

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22 avril 2016

L'association "La France noire" commémore l'abolition de l'esclavage à Joigny (89)

La France Noire commémore l'abolition de l'esclavage à Joigny

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                    Rejoignez La France noire : lafrancenoire@orange.fr

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19 avril 2016

Général Toussaint Louverture, Mémoires

             Général Toussaint Louverture, Mémoires

 

Toussaint Louv

            Cinquante ans après la mort de son auteur, c'est l'historien haïtien Joseph Saint-Rémy qui a découvert – grâce à l'abbé Grégoire – et publié les Mémoires du général Toussaint Louverture en 1853 avec de nombreuses notes explicatives sur les noms des lieux et des protagonistes. C'est cette première édition qui est reprise ici par le Mercure de France, avec une introduction de Philippe Artières instructive quant au long silence ayant entouré ces mémoires jusqu'en 2011. Réjouissons-nous donc de pouvoir boire à la source de la vérité des faits se rapportant à celui qui les a vécus et en a subi les conséquences. 

            C'est depuis sa prison du fort de Joux, souffrant terriblement du froid – selon ses dires et ceux du général Caffarelli qui lui a rendu visite plusieurs fois – que le général Toussaint Louverture entreprit, de « rendre au gouvernement français un compte exact de [sa] conduite ». En effet, de même que l'homme concevait inadmissible l'attaque brutale de l'île dont il avait la gouvernance par le général Leclerc parce que violant les règles militaires, de même il jugeait injuste son emprisonnement au regard des troubles survenus sur l'île suite à cette attaque.

            Pour qu'on l'entende, il organise son compte rendu en trois mouvements. Il parle d'abord longuement de son comportement et de ses actions depuis l'arrivée de l'escadre du général Leclerc sur les côtes de Saint-Domingue (Haïti) et sa brutale pénétration sur les terres. Puis il fait une analyse de ce qui s'est passé et en tire des conclusions. Enfin, il évoque sa conduite sur l'île avant l'arrivée de l'escadre et la violence inexpliquée du général Leclerc.

            Il est tout à fait étonnant de constater que c'est avec une grande confiance en la loi de l'Etat qu'en 1802 Toussaint Louverture écrit au pouvoir napoléonien pour demander justice : c'est-à-dire comparaître devant un tribunal militaire pour être jugé. Sans doute parce que l'esclavage était aboli – une première fois – depuis août 1793, à aucun moment, il ne croit Napoléon capable de bassesse et de méchanceté. Il est donc certain que le général Victor Leclerc n'a pas agi conformément aux instructions de la France qui ne peut qu'être soucieuse du bien-être des habitants de l'île et de sa prospérité. Que l'on ne se décide pas à « agir avec lui comme on agit dans tous les temps à l'égard des généraux blancs français » pour qu'éclate enfin la vérité sur sa responsabilité ou non dans les troubles survenus à Saint-Domingue, sera son grand étonnement.

            L'analyse des événements que fait le prisonnier du fort de Joux et le contenu du Journal du général Caffarelli qui l'accompagne ne peuvent que susciter des interrogations chez le lecteur. D'après les notes de l'historien haïtien Joseph Saint-Rémy, aucun administrateur colonial n'a été aussi excellent dans la gestion de l'île que Toussaint Louverture. C'est sans doute cette excellente gestion financière qui a propagé le mythe du trésor caché de Toussaint Louverture. On peut penser que cette richesse supposée, qui a nourri l'imaginaire des autorités françaises, jointe au fait que la constitution promulguée dans l'île faisait de Toussaint Louverture le « gouverneur général perpétuel, avec le droit de nommer son successeur » ont suffi pour attirer les foudres de Napoléon. Mais un détail nous fait renoncer à cette hypothèse. En effet, le fait que le général Leclerc ait attaqué l'île sans faire parvenir auparavant au Général Toussaint Louverture la lettre de Napoléon dont il était porteur nous laisse croire qu'il avait la ferme volonté de s'emparer de ce fameux trésor pour s'enrichir personnellement. Le soin avec lequel il a dépouillé la famille de Toussaint Louverture et la longue place qu'occupe ce trésor dans l'interrogatoire du prisonnier de Joux réalisé par le général Caffarelli participent à la crédibilité de cette thèse. Il est tout à fait étrange de constater que les politiques et les historiens ont toujours dédaigné dans leurs analyses de l'Histoire ce manquement grave du général Leclerc. Celui-ci avait-il jugé que c'était accorder trop de considération à ce nègre que de lui remettre la lettre de Napoléon ? Penchons pour la cupidité qui fait souvent prendre des raccourcis. Mais reconnaissons que d’une façon ou d’une autre l’expédition a réussi et permis le rétablissement de l’esclavage. C’était ce qui importait pour Napoléon et les antiabolitionnistes.      

Raphaël ADJOBI 

Titre : Général Toussaint-Louverture, mémoires

            suivi du journal du général Caffarelli, 188 pages.

Auteur : Toussaint Louverture

Editeur : Mercure de France, 2016        

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22 mars 2016

Une colère noire (de Ta-Nehisi Coates) et la préface ambiguë d'Alain Mabanckou

                                         Une colère noire

                                              (Ta-Nehisi Coates)

                         Et la préface ambiguë d'Alain Mabanckou

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            L’Américaine Toni Morrison, Prix Nobel de littérature, a eu les mots justes pour qualifier le ton de ce livre et par la même occasion la place que prend désormais son auteur dans la littérature noire américaine. Selon elle, Ta-Nehisi Coates remplit le vide intellectuel laissé par la mort de James Baldwin. En effet, celui qui a aimé La prochaine fois le feu aimera sûrement Une colère noire. Toutefois, deux éléments de la présentation du bel essai de Ta-Nehisi Coates ne manqueront pas d’interpeller de nombreux lecteurs au point même de provoquer chez certains de l’indignation. Et ce sont ces deux éléments qui sont l’objet de mon analyse ici.  

              Un titre inadéquat et réducteur

            D’abord, on se demande pourquoi le titre original « Between the world and me » - Entre le monde et moi - est devenu « Une colère noire », réduisant ainsi le contenu du livre à une colère d'une grande intensité. Le titre français ne convient absolument pas parce qu’il n’est pas question dans ce roman d’une simple colère ; si grande soit-elle.

            L’on ne fait pas l’éducation de son enfant avec une pédagogie construite sur la colère. On ne peut donc croire que cette lettre de l'auteur à son fils est destinée à lui transmettre une colère nourrie par les violences policières à l'égard des Noirs. Non ! Le contenu de cette lettre va beaucoup plus loin dans l'analyse des faits présents et passés et aboutit à l’affirmation claire de la haine d’un état de fait, d’une pensée unique. Laquelle ? L’auteur hait le fait que certains parmi nous en se déclarant Blancs ont établi une hiérarchie dans la diversité des êtres dont la prééminence de couleur revient à la leur. Oui, il a fait le constat que « le progrès de ceux qui se croient Blancs est fondé sur le pillage et la violence » ; aussi travaillent-ils à la perpétuation et à la maîtrise de leur domination.  C’est la haine de ce système destructeur que clame ce livre. C’est donc une leçon de sagesse qui pousse l’auteur à demander à son fils d’ouvrir les yeux sur la réalité américaine et l’impasse dans laquelle pourrait le conduire la poursuite du rêve américain ; car les crimes impunis des policiers blancs sont la preuve qu’en face un autre rêve est au pouvoir et tient à y rester. Ce n’est pas la colère qui anime Ta-Nehisi Coates en écrivant cela mais la haine d’une machine infernale ; car « la haine, tu ne peux pas lui faire baisser les yeux ».

            Par ailleurs, en optant pour "Une colère noire" comme titre, l'éditeur n'a pas tenu compte de la citation de Richard Wright qui introduit le livre. Il y est question de « la chose [...] s'interposant entre le monde et moi ». On peut croire sans se tromper que cette pensée de Richard Wright a influencé le choix du titre en anglais « Between the world and me ». Oui, entre les êtres à la peau sombre et le monde s'est glissée l'idée de « race » proclamée par ceux qui se sont déclarés Blancs avec l'idée d'une hiérarchie de valeur basée sur la couleur de la peau ! « Nous attribuons des noms aux étrangers que nous haïssons et nous nous trouvons dès lors confirmés dans notre appartenance à la tribu ». Voilà exactement ce que les Blancs ont fait. Et tous leurs actes de pillage et de violence participent à la préservation de leur tribu et à la pérennisation de sa suprématie ou sa domination. « Cette violence [que le Blanc a glissé entre lui et le Noir] n'a rien de magique ; elle avait été conçue d'une façon cohérente » ; de même que « les tenants de l’esclavagisme possédaient des arguments, organisés selon une véritable théorie raisonnée, éloignée de toute improvisation » comme le soulignait si bien Olivier Merle dans Noir négoce. On comprend donc que pour Ta-Nehisi Coates c’est le rêve du Blanc qui tue le Noir.   

                               Une préface ambiguë

            Le deuxième élément qui retient l'attention et suscite l'indignation est le contenu de la préface d'Alain Mabanckou. Connaissant ses idées qui lui valent la détestation de très nombreux Noirs de France, j'avoue sincèrement que son seul nom rivalisant avec celui de l'auteur au sommet de la première de couverture m'aurait détourné du livre si je n'avais pas entendu l'auteur sur les ondes de France Inter. Par ailleurs, au regard des échos que j'avais du livre, le choix de l’auteur du Sanglot de l’homme Noir pour signer la préface m'avait paru très surprenant.

            Alain Mabanckou a-t-il été choisi pour donner la réplique à l'auteur ? Voulait-il se poser en Noir français réfutant la vision de la relation entre le Blanc et le Noir que souligne Ta-Nehisi Coates ? Naviguant entre éloignement et rapprochement, entre éloge et critique à peine voilée, Alain Mabanckou prend ses distances avec Ta-Nehisi tout essayant de ne pas se fâcher avec lui.

            Comme à son ordinaire, notre homme qui – dans Le sanglot de l'homme Noir – pointait du doigt ces « Africains (qui) en larmes alimentent sans relâche la haine envers le Blanc » ne manque pas de relever les antagonismes qu'il a pu observer entre les Noirs eux-mêmes selon leurs horizons, leur peau métissée ou foncée ; et cela pour dire à Ta-Nehisi Coates que la violence dont il parle n'est pas propre à l'homme blanc. Il lui fait observer que les Africains ont fait de leur continent « le monopole de la source, une source dans laquelle tous les lamantins éloignés reviendraient boire ». Il reproche aux Noirs Américains d'avoir « érigé (leur) passé d'esclave (en) élément constitutif de l'identité noire américaine, bien au-delà de l'appartenance à la nation américaine ». Pour illustrer son propos, il donne son propre exemple : « Aux Etats-Unis, j'ai en permanence le sentiment que je ne serai pas intégré dans la communauté noire américaine. [...] Parce que je ne peux revendiquer votre passé de la captivité ». Si ce n'est pas un règlement de compte, c'est un vrai réquisitoire pour condamner les idées de l'auteur américain.

            Quant aux violences policières que Ta-Nehisi Coates dit être un héritage de l'esprit du passé esclavagiste de l'Amérique, Alain Mabanckou les réduit à un phénomène récent : « L'Amérique, [...] ces derniers temps, traverse des turbulences sociales marquées par des bavures policières contre les Africains-Américains ». Sous sa plume, les violences délibérées, exécutées avec force acharnement par des policiers américains sur les personnes noires sont récentes (« ces derniers temps ») et même de simples « bavures » – c’est-à-dire des erreurs ou des abus de pouvoir. En d'autres termes, il nie le lien étroit que l'écrivain américain établit entre ces violences délibérées et impunies d’une part et les coups de fouet qui accompagnaient le travail de l'esclave ainsi que les lynchages qui se sont poursuivis jusque dans les années 1960 et 1970 d’autre part.

            Sûr du caractère récent des violences policières américaines à l'égard des Noirs et de l'absence de tout lien avec le passé esclavagiste, Alain Mabanckou dit que Ta-Nehisi Coates « apporte une modernité et une fraîcheur de regard qui remettent en selle les grands principes civiques ». Ce qu'il voudrait un éloge n'en est pas du tout ! Que veut dire « un regard moderne » ? Où est-elle la modernité de ce regard ? Ces tueries policières sont-elles modernes ? Leur dénonciation est-elle moderne ? Voir la communauté blanche américaine comme une tribu protégeant son pouvoir de domination et perpétuant un héritage est-il moderne ? Ne nous trompons pas : Alain Mabanckou tient à contredire l'auteur américain à qui il fait remarquer que « la communauté noire est [aussi] actrice de ces affrontements ».

            En moins de dix pages, Alain Mabanckou ne fait rien de plus que relever les fautes et les antagonismes des Noirs pour minimiser la portée du message de l'auteur américain. Il se permet même, pour finir, de lui donner un conseil : « Pour mieux combattre la haine, cher Ta-Nehisi Coates, j'ai toujours utilisé les deux armes qui sont en ma possession, et ce sont elles qui nous unissent, pas notre couleur de peau : la création et la liberté de penser ».

            On est tenté de demander à notre moralisateur depuis quand la création et la liberté de penser ont-t-elles empêché un Noir d'être victime du racisme dans les rues de Paris ou de New-York ? Depuis quand la liberté de penser et de créer a-t-elle permis d'éviter le racisme de la suprématie blanche aux Etats-Unis ? Depuis quand la liberté de penser et de créer a-t-elle empêché la France de s'appliquer à gommer le passé des Noirs dans les manuels scolaires pour perpétuer la France blanche afin qu'elle regarde toujours le Noir comme l'étranger condamné indéfiniment à s'intégrer ? Ce n’est pas parce qu’un Noir a réussi à sortir du trou dans lequel sa communauté a été jetée qu’il doit se permettre de dire que l’effort individuel est la voie de sortie pour les siens. Un Noir européen est-il bien placé pour faire la leçon à un Noir américain en matière de combat contre le racisme ? Dans ce domaine, reconnaissons qu’il est préférable de se fier à l'expérience d’un Américain qui dit à son fils : « la lutte, c'est la seule part du monde que tu peux contrôler ».     

            Cette préface est assurément une attaque supplémentaire d'Alain Mabanckou contre la haine que de très nombreux Noirs manifestent à l'égard d'un système – je dis bien d'un système – qui prône et cultive la suprématie blanche par tous les moyens y compris la violence. Avec lui, quand on parle de racisme, il écrit un roman – Black Bazar – pour montrer le « racisme » entre les Noirs ; quand on parle de l’esclavage, il vous lance « faut-il rappeler […] l’esclavage des Noirs par les Noirs ? » (Le sanglot de l’homme Noir). Il lui restait à nous jeter à la face que « la communauté noire est [aussi] actrice des affrontements » avec les policiers blancs. C’est désormais chose faite. Ceux qui jusque-là ignoraient que quand on touche à l'homme blanc on trouve Alain Mabanckou sur son chemin, le gourdin à la main, savent maintenant à quoi s’en tenir. Car Alain Mabanckou s'est définitivement déclaré le vigile de l'homme blanc.

            De toute évidence, la France use et abuse de l'auteur du Sanglot de l'homme Noir sans doute parce qu'il serait pour l'heure le seul écrivain noir en vue dans l'hexagone. Il lui faut tout de même veiller à ne pas faire d'un phénomène de mode une science absolue. Le lecteur sera seul juge de la pertinence du discours de Ta-Nehisi Coates dans cet excellent livre dont la lecture bouscule les consciences et suscite un regard particulier sur la difficile cohabitation entre le Noir et le Blanc depuis la naissance de la notion de "race". Un livre plein de franches vérités mais au ton moins rageur que La prochaine fois le feu de Baldwin parce qu'empreint d'une sagesse toute pédagogique.

     * Entretien télévisé

Raphaël ADJOBI

Titre : Une colère noire, 203 pages

Auteur : Ta-Nehisi Coates, 2015.

Editeur : Autrement, 2016 pour la traduction française.

Posté par St_Ralph à 20:29 - Littérature : essais - Commentaires [5] - Permalien [#]