17 mai 2012
Vacherie Sarkozienne
A lire sur Mes pages politiques
24 avril 2012
Les dozos de Côte d'Ivoire, dernier vestige de la contribution des Noirs aux traites négrières
Les dozos de Côte d’Ivoire, dernier vestige
de la contribution des Noirs aux traites négrières
On les appelle communément « chasseurs traditionnels ». Mais rares sont ceux qui savent ce que cache ce vocable. De quelle chasse s’agit-il, en effet ? Dans cette zone de savane du nord de la Côte d’Ivoire, quel gibier chassait cette confrérie armée de fusils et de coupe-coupe et vêtue d’un uniforme reconnaissable de loin ? Naïfs sont ceux qui, aujourd’hui, ont vite cru que ces hommes subissaient des rites sensés les rendre invulnérables aux balles pour aller à la chasse aux sauterelles ou aux serpents pullulant dans ce nord peu peuplé. Il convient de tourner son regard plus loin vers le passé pour découvrir la vraie histoire de cette confrérie qui, faisant de son habillement un réel épouvantail, ne peut en aucun cas être prédatrice du monde animal.
Non, quand on travaille à se rendre invulnérable aux armes à feu, on ne va pas à la chasse aux animaux qui, jusqu'à preuve du contraire, ne portent pas de fusils. La formation de ces groupuscules aux déguisements effrayants remonte, de toute évidence, à la traite négrière musulmane, entre le 8è et le 16è siècle. Avant les peuples côtiers qui ne jouiront d’armes à feu qu’à l’avènement de la traite atlantique, les populations du Sahel, elles - avec les zones de savane, pour être plus large - vont, au contact des arabes, très tôt apprendre leur maniement. Aujourd’hui encore, dans tous les pays d’Afrique occidentale sahélienne de confession musulmane, jusqu’au Maroc et en Algérie, les fêtes au cours desquelles l’on tire des coups de fusils en groupe sont choses courantes.
Les dozos de Côte d'Ivoire ne sont en réalité qu'une survivance de la contribution des Noirs aux traites négrières musulmane et atlantique. Leur vocation première était la chasse à l'homme. Enlever hommes et femmes dans les champs, incendier les villages et faire des captifs, voilà ce à quoi ils étaient formés. Leur présence aujourd'hui dans le paysage militaire du pays ne peut donc que réveiller des souvenirs peu agréables pour l'Afrique, des souvenirs dont notre continent ne tire aucune fierté. Certes, si le crime de l'esclavage a toujours été préparé et financé dans des cercles à l'étranger, s'il est vrai qu'il y a eu à chacune de ses étapes des résistants, force est de reconnaître que les réseaux de Noirs africains attirés par l'appât du gain ont prêté main forte aux Arabes et aux Européens pour leur faciliter la tâche. De même qu'aujourd'hui, malgré les mouvements de résistance à la recolonisation de l'Afrique, certains Noirs se prêtent volontairement comme instruments locaux aux actes de prédation des Européens sur le continent.
Les Ivoiriens ne peuvent donc nullement être fiers d'abriter en leur sein un vestige du passé qui n'honore pas la mémoire de l'Afrique. Quand, il y a plus de dix ans, les dozos ont commencé à défrayer les chroniques des médias locaux, c'est avec des quolibets que le public accueillait leurs aventures qu'il jugeait pittoresques. On redoutait leur violence, certes ; mais c'était tout. Et parfois même, pour se garantir des vols et des intrusions nocturnes à leur domicile, certains riches propriétaires louaient leurs services et en faisaient des gardiens. Personne n'osait alors s'indigner de l'existence d'une telle milice au sein d'une nation moderne comme la Côte d'Ivoire. Cela dura jusqu'au moment où ces dozos s'engagèrent aux côtés des rebelles ivoiriens venus du Burkina Faso et qu'on les vit égorger allègrement les populations. Dès lors, tout le monde prit peur. Mais qui aurait à l'époque osé demander leur disparition ? Les Nordistes ivoiriens auraient crié à la chasse aux diaoulas ! On se tut donc et on se mit à serrer les fesses. Malheureusement, en 2011, l'irréparable se produisit : les dozos massacrèrent la population de Doukoué dans le seul but de permettre aux populations du nord (communément appelées "dioula"), du Mali et du Burkina de s'approprier des terres nouvelles. Devenus les supplétifs de l'armée des rebelles au service du prétendant de la France et de l'Onu au fauteuil de président de la République, ils ont eu le sentiment qu'ils avaient une mission sacrée à accomplir puisqu'ils étaient désormais intouchables.
Les Ivoiriens ont toutes les raisons d'avoir honte de voir que les gouvernants actuels, installés par des forces étrangères, s'appuient sur les FRCI, des soldats issus d'une ethnie ou d'une ère géographique spécifique, pour gouverner. Mais plus grande encore doit être leur honte de voir ces dozos, vestige du passé esclavagiste de l'Afrique, devenir les supplétifs d'une armée que l'on voudrait nationale. Comment une confrérie de chasseurs d'esclaves ayant des pratiques occultes et sanguinaires peut-elle servir une nation parallèlement à son armée qu'on voudrait républicaine ? N'est-ce pas laisser le diable entrer dans nos rangs ? Seule une dictature peut faire de ces êtres singuliers un organe d'utilité publique parce que leurs moeurs violentes immuables lui sont nécessaires. Et qu'aucune presse étrangère ne s'interroge sur l'existence dans les FRCI de cette excroissance dépareillée aux moeurs sauvages et non point militaires - alors que les patriotes sont qualifiés de miliciens antidémocrates - est assez troublant. Oui, trop troublant pour ne pas ressembler à de la complicité avec le nouveau pouvoir aux allures dictatoriales.
Raphaël ADJOBI
09 avril 2012
La Religieuse (Denis Diderot)
La Religieuse
(Denis Diderot)
Rares sont les romans que l'on relit avec plaisir une quinzaine d'années plus tard ; sachant que le temps et l'âge changent nos goûts et émoussent certains de nos sens tout en perfectionnant d'autres. La Religieuse de Denis Diderot est de ces romans dont la relecture vous donne l'impression que le temps n'a point affecté vos sens. Ce livre d'une extraordinaire beauté à la fois par l'écriture et la justesse des sentiments nous introduit dans le passé des institutions religieuses que sont les couvents européens. Un univers peu connu du grand public, aujourd'hui comme hier, qui mérite un regard attentif parce que s'y cachent des souffrances humaines insoupçonnées.
Lorsqu'à seize ans la belle Suzanne Simonin entre au couvent Sainte-Marie, ce n'était pas la vocation qui animait son coeur. Comme de nombreuses jeunes filles du 18è siècle, c'est la volonté familiale qui l'y a conduite. Ce récit est le mémoire de sa vie qu'elle adresse au marquis de Croismare après sa fuite du troisième couvent duquel elle désespérait ne jamais pouvoir sortir malgré les démarches entreprises pour renoncer à ses voeux. Afin de le déterminer à changer son sort en lui apportant son secours, elle y peint avec précision les souffrances subies aussi bien au sein de sa famille que dans les différents couvents où l'ont conduite les contraintes familiales pour faire d'elle la parfaite épouse de Dieu.
Malgré les persécutions dont elle était l'objet et l'aversion qu'elle avait pour l'ordre religieux, Suzanne Simonin s'appliquait à respecter scrupuleusement les devoirs des deux premiers cloîtres : le couvent Sainte-Marie et le couvent de Longchamp. Cependant, dans son coeur, elle savait qu'il ne fallait pas qu'elle demeurât trop longtemps dans ces lieux pour ne point "finir par être une mauvaise religieuse". Pour prévenir ce moment, il lui fallait par un stratagème prendre contact avec un homme de loi pour l'aider à rompre ses voeux. Sa voix et son talent de musicienne firent le reste. Bientôt, toutes les religieuses la côtoyèrent et quelques personnes du monde cherchèrent à la connaître. Quand enfin, elle rejoignit le couvent de Saint-Eutrope près d'Arpajon, ce fut comme si elle tombait de Charybde en Scylla. C'est dans cette dernière partie - la plus longue d'ailleurs - que le lecteur découvre l'un des aspects les plus ignorés des couvents : la sexualité des religieuses. C'est avec beaucoup de finesse que Denis Diderot parvient à nous rendre compte des passions des coeurs et des affres des sens dans cet univers féminin.
La Religieuse est un excellent roman historique s'attachant à nous montrer le fonctionnement des familles européennes à l'époque de la toute puissance de l'église catholique sur la vie quotidienne et sur la conscience des hommes et des femmes. Nous plongeons ici dans une époque ou la foi chrétienne rythmait la vie, les unions entre époux, les héritages familiaux. Un roman historique qui nous peint également avec beaucoup de vivacité le monde cruel et inhumain des couvents où les jeunes filles entrent le plus souvent par respect de la volonté des familles quand ce n'est pas pour y cacher un chagrin d'amour ou pour échapper à la pauvreté. Ce roman est, en d'autres termes, le cri de toutes les jeunes filles qui, entrées en religion malgré elles, supportaient leur état avec dégoût et parfois avec abnégation.
Raphaël ADJOBI
28 mars 2012
Côte d'Ivoire, le coup d'Etat (par Charles Onana)
Côte d'Ivoire, le coup d'Etat
(par Charles Onana)
Voici le livre le plus documenté, le plus complet sur la vie politique ivoirienne de 1990 à 2012. La préface du Président Thabo Mbeki est à elle seule un témoignage historique. L'ancien président de l'Afrique du Sud qui a été pour un temps chargé du dossier ivoirien décrit clairement les clefs d'une injustice internationale avec les déclarations de diplomates à l'appui. Mais on apprécie surtout la part belle que l'auteur fait aux documents officiels et aux témoignages des acteurs de l'ombre de la tragédie ivoirienne.
Ce livre est à conseiller avant tout aux Européens, à ceux qui ferment les yeux sur la politique étrangère de la France pour ne regarder que la rondeur de leur ventre, l'épaisseur de leur portefeuille, la beauté de leur voiture et le compteur de la pompe à essence. Il est à conseiller à ceux qui ont appris à répéter que les Africains sont pauvres parce qu'ils sont fainéants et incapables de se gouverner, prompts à se faire la guerre pour un oui ou pour un non. Il est destiné aux incultes et aux naïfs de tout acabit qui sont convaincus de la mission civilisatrice de la France et qui pensent que leurs impôts et leurs soldats servent à aider les Africains. On lit ce livre en pensant aux Français qui parlent souvent de l'Afrique qu'ils ne connaissent pas mais qu'ils croient connaître mieux que les Africains au point de leur proposer des solutions à leurs problèmes.
Ce livre est en réalité, en grande partie, un discours adressé à la presse française dont l'auteur souligne le rôle dans la formation de l'opinion publique en même temps qu'elle sert d'outil de diversion ou de camouflage au régime français. Journaliste lui-même, Charles Onana semble, de manière évidente, avoir eu constamment le comportement de ses pairs français devant les yeux en écrivant ce livre. Aussi pose-t-il la bonne question : « Les Français peuvent-ils être fiers de ce qui se passe actuellement en Côte d'Ivoire depuis le départ de Laurent Gbagbo ? »
Nous avons ici un portrait très intéressant de chacun des trois acteurs principaux de la crise ivoirienne. Il faut connaître le parcours d'Henri Konan Bédié, de Laurent Gbagbo et d'Alassane Ouattara avant de dire que tel ou tel est démocrate. On ne peut se permettre de juger les hommes sans les connaître. Ces portraits nourris de nombreux témoignages sont donc à lire absolument. Celui d'Alassane Ouattara nous éclaire sur son plan machiavélique savamment calculé pour mettre la Côte d'Ivoire à genoux. Dans un rapport datant de 1993, l'Assemblée Nationale dénonçait la privatisation "en bloc" des sociétés d'Etat non déficitaires qu'Alassane Ouattara démantelait sans aucun scrupule. Elle y précisait que l'absence du secteur bancaire dans le comité de privatisation était le « signe d'une braderie du patrimoine national et d'appauvrissement de l'Etat. » Les députés soulignaient, devant l'indifférence totale d'un homme peu soucieux du tissu social ivoirien, « le danger réel que représente pour la Nation la concentration des entreprises ivoiriennes entre les mains d'un seul groupe » étranger. Ils constataient qu'il leur était impossible, malgré leur insistance, de « connaître le montant des recettes des privatisations, et l'utilisation qui en est réellement faite. » Ils ne pouvaient le savoir parce que « les produits des privatisations - poursuit le rapport - sont domiciliés auprès de la Banque centrale et de quelques banques commerciales et non pas auprès du Trésor public ». Il fallait être mû par une idée fixe pour être sourd à tant d'observations sur les manquements qui fragilisaient le pays pour longtemps. Le lecteur appréciera par ailleurs la pertinence des analyses de l'auteur des différents propos d'Alassane Ouattara sur l'idée qu'il se fait de la Côte d'Ivoire. Les dires de feu l'Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire Renaud Vignal (2001-2003) complètent merveilleusement bien le portrait déjà effrayant de l'homme.
Cette expropriation des Ivoiriens de leurs outils économiques entreprise entre 1990 et 1993 devait être achevée. Il fallait qu'Alassane Ouattara revînt. C'est, apparemment, en remarquant chez lui cette volonté cynique que les puissances étrangères en ont fait leur cheval de Troie ou leur négrier. Tout le reste ne fut que manipulation de l'opinion internationale pour faire passer un coup d'Etat en entreprise humanitaire ou en oeuvre d'assainissement démocratique.
Selon l'auteur et le président Mbeki, L'U.A (l'Union Africaine) sort affaiblie de la guerre postélectorale ivoirienne parce que marginalisée par les grandes puissances qui se sont appuyées sur elle pour intervenir en Côte d'Ivoire au seul regard de leurs intérêts. Quant à l'Onu, ils estiment qu'elle a compromis sa légitimité comme force neutre. « Il sera désormais difficile pour l'Organisation des Nations Unies - dit le président Mbeki - de convaincre l'Afrique et les autres parties du monde en développement qu'elle n'est pas seulement un instrument entre les mains des grandes puissances ».
Avant de se permettre de donner des avis sur les événements politiques ou de juger les hommes politiques ivoiriens, chaque Africain devra lire ce livre. Quant aux Ivoiriens, je le leur conseille pour qu'ils découvrent ce que veut dire "vouloir la démocratie et la liberté" et ce qu'il convient d'être et de faire pour cela. Les extraits des autobiographies de Laurent Gbagbo et de Simone Ehivet les édifieront. Pour ce qui concerne Alassane Ouattara, quand il sera capable de tenir la plume pour écrire un livre qui ne sera pas un livre de compte, sans doute nous exposera-t-il la parfaite noirceur de son âme.
Ivoiriens, lisez les cinq premiers chapitres du livre et vous comprendrez que vous ne sortirez du trou où vous a mis Alassane Ouattara que par une heureuse fortune ! Sinon, vous mourrez tous esclaves d'un système sans scrupule dont le fer de lance est un homme qui avait une vengeance personnelle à assouvir contre votre pays. Il a triomphé et il se repaîtra de votre chair, il rongera vos os et sucera votre moelle. Vous gémirez de douleur. Mais peut-être qu'avec le temps, vous prendrez vos gémissements pour des manifestations de plaisirs et de bonheur. Si toutefois cela vous arrive, ne vous étonnez pas que l'on dise de vous que vous êtes des imbéciles heureux !
Raphaël ADJOBI
Titre : Côte d'Ivoire, Le Coup d'Etat, 413 pages
Auteur : Charles Onana (Préface du président Mbeki)
Editeur : éditions Duboiris
22 mars 2012
Les énigmes de Favrolles
Les énigmes de Favrolles
(un roman de Chrys Demange)
Dans son premier roman publié en 2006, Chrys Demange avait montré un réel talent pour peindre le monde des enfants. Il aurait été dommage qu’un tel don ne produisît pas d'autres fruits. Heureusement, l’appétit venant en mangeant, elle a enchaîné, en 2007, deux autres publications : Un sacré chenapan et Les énigmes de Favrolles. Ce dernier roman qui retient ici notre attention a ceci de singulier qu’il est une adaptation du roman policier au monde des enfants de 10 à 13 ans.
Les énigmes de Favrolles sont en effet une série d’enquêtes policières menées par les jumeaux Agathe et Romain accompagnés de leur chien Black. Les histoires qui entraînent les jeunes détectives dans les aventures proposées ici sont toutes nées des rumeurs propagées par les habitants très cancaniers de Favrolles, ce petit village du Berry. Le but de ces deux Sherlock Holmes en herbe et de leur chien est de remonter, à chaque fois, rapidement à la source de la rumeur afin de l’étouffer au plus vite pour garantir la quiétude des habitants. Heureusement, c’est de bon cœur que ceux-ci se prêtent aux questions des enfants et font tout pour satisfaire leur curiosité. Ils ont d’ailleurs très vite fini par croire que ces trois petits êtres sont d’utilité publique.
Courte et bien menée, chacune des aventures policières révèle à la fois l’âme des habitants de Favrolles et la perspicacité des enfants. Mais parce que ces derniers apparaissent - sans doute avec le temps - comme des éléments qui agrémentent la vie du petit village, les énigmes qu’ils résolvent ne semblent pas contribuer à raréfier les rumeurs. Aussi, eux-mêmes finissent par croire que « tant qu’il y aura des favrollinois à Favrolles, ils n’empêcheront jamais les gens d’extrapoler à partir d’un fait banal et d’en faire une histoire abracadabrante ».
Dans l'univers des livres où le choix des lectures pour enfant n'est pas aisé, il est bon de compter sur l'aide des enseignants qui introduisent dans les classes les écrits des auteurs modernes ayant une belle plume. Ceux des classes de CM2 et 6è trouveront dans les énigmes de Favrolles des récits policiers bien agréables qui aiguiseront la curiosité de leurs élèves.
Raphaël ADJOBI
14 mars 2012
Manifeste pour les "produits" de haute nécessité
Manifeste pour les "produits" de haute nécessité
Ma place à la fois dans le monde du travail et la société de consommation me donnait depuis quelques années le sentiment d'être embarqué dans un train tiré à folle allure par le capitalisme. Quiconque en descend est soit écrasé soit perdu à jamais sur le bord de la voie. Ce petit manifeste me faire comprendre que cette image n'est point irrationnelle mais la peinture exacte d'une triste réalité. Le terme "déconstruire" signifierait alors trouver les moyens d'arrêter ce train, ou lui imprimer un rythme qui serait conforme à la vie de ceux qu'il transporte.
Ce manifeste fait suite au mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe et en Martinique en janvier et février 2009. Ceux qui l'ont lu n'ont certainement pas manqué d'y repenser lors des récents troubles survenus à l'île de la Réunion en février 2012. Ses rédacteurs ont vu dans l'ampleur et la profondeur de l'âme du mouvement, plus qu'une colère contre les békés. Pour eux, les affres de la "hausse des prix" ou de la "vie chère" ne sont que les résultantes du libéralisme économique qui condamne chacun de nous à n'être qu' « un consommateur » ou « un producteur » : le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur étant réduit à la seule perspective de faire des profits sans limite sur des consommateurs.
Ce texte est donc la peinture d'une économie devenue sa propre finalité. Il nous tend le miroir de la course aux nécessités immédiates, au pouvoir d'achat, au panier de la ménagère, à cette vie prosaïque à laquelle le poétique fait tant défaut. Il montre que la vie de nos hommes politiques se limite à gérer les misères les plus intolérables et à réguler les sauvageries du "Marché".
Pour accompagner le panier de la ménagère plein des produits de première nécessité, le manifeste plaide pour des produits de "haute nécessité" qui font appel à la part poétique de la vie et donc à des exigences existentielles d'un autre ordre.
Puisque le mouvement social de 2009 a montré la faillite de tous les pseudo-pouvoirs intermédiaires (régions, préfets, département, association des maires) entre les Antilles et le pouvoir central métropolitain, les rédacteurs du texte proposent l'émergence d' « une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes » ; car c'est le déficit de responsabilité qui crée l'amertume, la xénophobie, la crainte de l'autre et le manque de confiance en soi. D'autre part, selon les rédacteurs, les Antilles doivent rechercher leur autosuffisance en se fournissant en produits de toutes sortes dans les Caraïbes plutôt que de se laisser dominer par les intermédiaires entre elles et la métropole. Enfin, ils estiment nécessaire de faire en sorte que le travail « même acharné, même pénible » redevienne un lieu d'accomplissement pour l'homme.
Si les propositions contenues dans ce manifeste apparaissent quelque peu utopiques, c'est parce que nous avons constamment en tête le manque de volonté politique de nos dirigeants quand il s'agit de mettre à genoux les réseaux de grands profits comme la grande distribution ou les paradis fiscaux. Mais force est de constater qu'elles pourraient s'appliquer à d'autres populations à travers le monde. L'on pourrait même dire qu'elles s'inscrivent dans l'idée de "déconstruction ou décroissance", le nouvel ordre économico-social, dont de nombreux acteurs économiques projettent l'avènement.
Raphaël ADJOBI
Titre : Manifeste pour les "produits" de haute nécessité, 12 pages
Editeur : Edition Galaade Institut de Tout-Monde


