Canalblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Publicité
Lectures, analyses et réflexions de Raphaël
26 novembre 2020

La monarchie républicaine française et la démocratie allemande (Jean-Marc Four / Raphaël ADJOBI)

              La monarchie républicaine française

                     et la démocratie allemande

                              (Jean-Marc Four)

France - Allemagne 3

le 24 novembre 2020, alors que le président Emmanuel Macron s’apprêtait à s’adresser aux Français pour leur annoncer les mesures qu’il a prises en vue d’un « déconfinement » échelonné, en Allemagne, la Chancelière Angela Merkel s’apprêtait le lendemain à réunir les patrons des 16 régions du pays pour discuter de la gestion du même problème. C’était l’occasion choisie par France Inter pour redire encore une fois combien ce que nous appelons en France une démocratie a tout du fonctionnement d’une monarchie. Voci le billet de Jean-Marc Four montrant qu’au-delà des résultats sanitaires qui témoignent d’une meilleure gestion de la crise du COVID-19 en Allemagne, avec trois fois moins de morts qu’en France, c’est bien le fonctionnement de deux systèmes politiques totalement opposés qui structurent les deux pays. Il nous convie à reconnaître qu’en France, nous avons une monarchie, alors que l’Allemagne a une démocratie.

Le billet de Jean-Marc Four

          « En Allemagne, le compromis et la consultation sont prioritaires. C’est une conséquence directe du fédéralisme. Ce qui explique la réunion des chefs de toutes les régions autour de la Chancelière, comme celle-ci le fait toutes les deux ou trois semaines, pour trouver des compromis sur les restrictions pour le mois de décembre. Là-bas, le système politique est horizontal : le pouvoir et les responsabilités sont partagés entre l’État central et les régions. Bien sûr, de temps à autres, cela crée des cacophonies. Mais ce fonctionnement a le mérite d’imposer la recherche d’un terrain d’entente ; le consensus est une vertu cardinale. En France, presqu’à l’inverse, le compromis est systématiquement soupçonné d’être entaché de collaboration ou de compromission ; on préfère les querelles, donc pas de compromis. Conséquence : le système est vertical ; les décisions tombent d’en haut. Cela saute aux yeux dans la gestion du virus. Un risque de penchant autoritaire est évident.

          En Allemagne, la question des libertés est centrale. Le mot revient à vingt-cinq reprises dans la Loi fondamentale - l’équivalent de notre Constitution. Et depuis le début du confinement en mars, le débat est permanent et transparent sur l’équilibre à trouver entre restrictions sanitaires et préservation des libertés. Les juges en sont les garants. Le pouvoir judiciaire allemand a été saisi à plus de 250 reprises sur les limitations liées au confinement. Et parfois les juges ont mis fin aux restrictions - en autorisant par exemple les réouvertures des bars à Berlin. On y réfléchit à trois fois avant de limiter les droits sans doute parce que, avec les dictatures nazie et communiste, on a déjà payé pour voir. La France, elle, gère la crise dans un conseil de défense qui n’est guère transparent. Conseil de défense ! Tout est dit. C’est la métaphore guerrière, présente depuis la première intervention de Macron. Et c’est logique parce que la cinquième République s’est bâtie sur un logiciel militaire en pleine guerre d’Algérie. L’arsenal répressif est donc toujours prêt à ressortir avec l’assentiment d’une grande partie de la population. On le voit aussi avec la loi sur la sécurité globale.

          La Presse allemande n’en revient pas. Pour elle, certaines mesures françaises sur le confinement, comme les autorisations de déplacement, relèvent d’un « Absurdistan autoritaire ». Cela nous oblige à regarder du côté du rôle du chef. Evidemment en Allemagne, la Chancelière rend des comptes devant le parlement, en toute transparence. Elle ne concentre pas tous les pouvoirs. En France tout est pyramidale ; c’est une monarchie républicaine : le chef de l’État doit décider de tout, tout le temps ! C’est la tradition bonapartiste revue et corrigée par le général de Gaulle avec l’instauration de l’élection du président au suffrage universel en 1962. Un principe du plébiscite dans les faits. Cela comporte d’ailleurs une part de risque, parce que le chef de l’État est seul en première ligne. On voit cela avec la gestion de la pandémie.

          […] Il s’agit ici de dresser un constat sur le fossé entre les deux sociétés. Là où les Français attendent un ordre venant d’en haut - « Restez confinés ! » - pour mieux obéir à cet ordre ou le contester, les Allemands, eux, décident collectivement - « Nous allons nous confiner ». C’est très différent. Il y a quelques jours, un journal allemand signait un article au vitriol sur la France. On y lit cette phrase : « En France, le sommet a toujours raison, même quand il se trompe ». Et il conclut : « Il est temps de faire une mise à jour démocratique ».

France Inter - 24 novembre 2020.

Publicité
Commentaires
Publicité
Publicité